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Mercredi, 26 Août 2009 19:19

L’actualité est traditionnellement calme en ces périodes estivales mais cette année, nous sommes particulièrement exposés aux aléas en tout genre qui n’ont pas manqué d’alimenter la chronique syndicale du microcosme Air France. J’ai tardé à vous écrire mais nous avons de nouveaux déroulements, chaque jour et j’attendais que les choses s’apaisent pour pouvoir vous faire un compte-rendu exhaustif des trois dernières semaines.

 L’affaire du CCE et ses prolongements :

Le bureau du CCE avait proposé aux syndicats adhérant à l’alliance de gestion, il y a un an, de lancer une opération de prêts hypothécaires pour régler définitivement les problèmes récurrents de trésorerie. Un premier prêt de 6M€ correspondant à l’hypothèque de Saint Malo a été validé fin 2008. Comme cela n’était pas suffisant devant l’ampleur du gouffre provoqué par une gestion hasardeuse, trois nouvelles propriétés ont été proposées à l’hypothèque pour un montant de 11M€. 

Le 11 juin lors d’une réunion, les membres du bureau de notre syndicat ont voté à l’unanimité pour refuser au SG du CCE, l’autorisation de faire cette demande supplémentaire de prêt hypothécaire. Nous avions informé nos représentants au bureau du CCE, I.PRIEUR, trésorière générale et J.AOUN, secrétaire général adjoint, de notre décision de voter contre. L’un comme l’autre ont manifesté leur désir de suivre la voie de la CFDT en refusant de prendre en compte la position unanime du bureau de notre syndicat.

Cette démarche de la CFE.CGC a été très précise dès le départ à refuser de pénaliser, sur 12 ans, nos successeurs  pour la gestion du CCE. Ce prêt servait  uniquement à combler des trous de trésorerie  structurels dus à un train de vie dispendieux dans ses frais de fonctionnement.  Notre refus unanime n’est pas la souscription d’un prêt hypothécaire en lui-même mais l’utilisation que veut en faire le bureau du CCE. Après avoir tenté de passer en force à la session du CCE du 02 juillet, le SG du CCE a retiré cet item devant l’évidence d’une majorité contre son projet. Le 20 juillet à mon retour de congés annuels, le SG du CCE a demandé à me rencontrer avec le SG du syndicat FO pour nous expliquer qu’il ne tenait pas compte de notre avis commun négatif et passait outre en signant d’autorité à la banque, le jeudi 23 juillet. Malheureusement pour lui, la banque a exigé que cette demande passe par une validation de la session et soit votée majoritairement pour être contractée. Le SG du CCE est donc dans l’obligation de convoquer une session extraordinaire pour tenter un ultime recours. Le SG du CCE convoque une session en pleine saison estivale en espérant que les commissaires opposés à son projet seront absents pour ne pas entraver ses ambitions.

Cette session s’est donc tenue, le 06 août. La demande de prêt hypothécaire n’a pas été validée. Les deux représentants CFE.CGC au bureau du CCE ont persisté dans leur refus d’appliquer les décisions unanimes de notre syndicat en apportant leur soutien à la politique du SG du CCE. Tous les syndicats représentatifs de l’entreprise se retrouveront début septembre pour réfléchir aux mesures d’urgence à prendre pour assurer la continuité du CCE et l’emploi de ses personnels. La CFE.CGC prendra sa part des responsabilités en participant activement aux recherches de solutions. Ces solutions existent pour peu que l’on soit résolu à sortir de l’impasse dans laquelle s’était enfermé l’ancien bureau à vouloir tout gérer sans s’en donner les moyens.

DECLARATION CFE.CGC AU CCE EXTRAORDINAIRE DU 06 AOUT 2009

« Pour passer sans encombre la 2ème partie de l’année 2009, reconstituer un fond de roulement et combler le déficit de trésorerie prévu à fin septembre, le Secrétaire Général du CCE a souhaité proposer à la session du CCE des 01 & 02 juillet d’hypothéquer les domaines de Lassy, Arbonne et Guidel contre une somme de 11 millions d’euros remboursable sur 12 ans à un taux fixé à 5,80%, soit un remboursement au total de plus de 24 millions. Une absence de majorité l’a fait reculer dans son action. 15 jours plus tard, informé par ses partenaires dans l’alliance de gestion au CCE d’une opposition à un accord sur ce projet de prêts hypothécaires, le SG du CCE nous a annoncé qu’il passait outre  notre véto et signait la demande de prêt. Pari perdu, la banque a refusé ce passage en force, exigeant un avis favorable de la session. Nous en sommes là aujourd’hui.

La CFE-CGC s’oppose à cette hypothèque pour les raisons suivantes :

  • dégradation permanente depuis 2 ans de la trésorerie sans possibilité d’amélioration
  • taux d’intérêt trop élevé sans appel d’offre auprès d’autres banques pour comparaison
  • Dossier bouclé sur la base d’une masse salariale stable malgré les 4480 départs annoncés 
  • Impact nul sur les déséquilibres financiers structurels qui ne feront qu’empirer
  • Impact nul sur la qualité des prestations qui continueront à se dégrader, faute de moyens
  • Rôle social du CCE complètement abandonné au bénéfice de réalisations luxueuses n’ayant plus rien à voir avec sa vocation première.

 

Pour la CFE CGC, il n’est pas possible de financer les besoins de trésorerie sur l’année par un prêt sur 12 ans. Cela revient à prendre une hypothèque non seulement sur nos biens mais surtout sur les prestations sociales des salariés d’Air France.

Le principal enjeu pour le CFE-CGC a toujours été de mettre en place des réformes pour que la gestion du CCE permette de meilleures prestations pour les salaries d’Air France et leurs familles. Il faut en finir  avec des coûts structurels qui atteignent des niveaux insupportables (coût d’entretien, masse salariale, etc..), avec un déficit d’exploitation récurrent. Ces hypothèques ne règleront rien. C’est reculer pour mieux sauter ! Qu’allons-nous laisser en héritage aux générations qui nous succèderont dans la gestion du CCE si tout a été dilapidé en dépit de toute règle d’une saine rigueur ?

Pour la CFE CGC, il ne s’agit pas de préserver à tout prix le maintien d’une structure, mais bien de mettre en place  une structure au service exclusif des agents Air France.

La solidarité doit d’abord et avant tout s’appliquer aux salariés de l’entreprise !

Et dans ce domaine, nous pensons que l’on peut  mieux faire. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter  les salariés AF se plaignant quand ils dénoncent « la mal bouffe » dans les restaurants, les trop faibles réductions des activités, les prestations indignes par le non service rendu et le  refus de certaines composantes du  Bureau à prendre en compte la crise financière actuelle. Malgré l’optimisme affiché à force de publications, ce n’est plus un secret, le CCE est au bord de l’apoplexie financière.

La masse salariale doit être abaissée au CCE alors que les promotions et embauches extérieures continuent malgré nos avertissements. Sur le compte de résultats 2008, les lignes budgétaires sont tellement confuses que l’on arrive plus à savoir à combien se monte la masse salariale. 12, 14, 19 voir 23 millions €. On entretient sciemment la confusion pour mieux nous perdre dans les méandres d’une présentation des comptes de gestion indigne d’une institution comme notre CCE.

Le patrimoine doit être rationalisé par la vente de certains sites. Certains investissements sont décrétés sans aucune concertation avec les partenaires. Plus loin, c’est une réflexion plus profonde sur le rôle que doit jouer un CCE qui est posée aujourd’hui. Nous ne sommes plus en 1945. Les besoins des salariés ont évolué. Les séjours vacances enfants comme adultes ne supportent plus la comparaison de la concurrence. Certaines catégories comme les cadres sont exclues des dispositifs sociaux alors qu’elles cotisent au même titre que les autres. Un dernier exemple pour que chacun puisse bien juger de la situation ubuesque du CCE. Air France cotise en moyenne à hauteur de 1500 €/an pour chaque salarié. 80 % de cette somme est engloutie dans les frais de fonctionnement (salaires, entretien du patrimoine, frais quotidiens de fonctionnement, frais de représentation). Cette situation est  inacceptable et n’a que trop duré. 

Les prévisions budgétaires annoncent un excédent de 700.000€ pour 2009 alors que nous sommes au bord du gouffre. On nous a annoncé un résultat à - 4,5M€ pour 2008 et on se gausse d’un résultat excédentaire à + 700.000€ pour 2009 en ayant pris en compte les 3,8M€ dus par le CE Lignes et les 17M€ des prêts. Cela veut dire que l’on se retrouvera très rapidement dans la même situation dramatique que celle vécue aujourd’hui. La gestion du CCE se fait au jour le jour sans la moindre vision à moyen terme. Il est urgent de pratiquer un audit financier par un acteur indépendant pour voir enfin clair dans les finances du CCE.

Le recours à l’hypothèque du patrimoine est donc dans ces conditions, une option inacceptable pour la CFE-CGC. Soucieuse de défendre les intérêts de ses mandants, elle prendra ses responsabilités et votera contre l’hypothèque des domaines de Lassy, d’Arbonne et la résidence de Guidel lors de cette session du CCE. »

 

La non signature de l’ATGPE

Les négociations de l’ATGPE 2009/2012 se sont ouvertes en avril pour se terminer le 08 juillet par une soumission à la signature dans les 10 jours suivants. La CFE.CGC d’AF n’a pas souhaité signer cet accord pour une seule et unique raison : la garantie d’emploi n’est plus assurée.

Depuis sa création en 1933, Air France a toujours tenu à se singulariser des autres entreprises en garantissant l’emploi à tous ses collaborateurs quels que soient les problèmes rencontrés. 76 ans après, la Direction Générale, paniquée par l’ampleur de la crise économique que nous traversons, ne veut plus prendre cet engagement pour tous ses salariés. Nous avions depuis début janvier, largement communiqué en affirmant que ce sujet serait un préalable à toute négociation. La direction nous a laissé dire en prenant notre engagement pour une élucubration sans devenir. Nous avons validé toutes les décisions importantes et lourdes d’enjeux pour nos collègues. A la dernière réunion bi latérale à laquelle nous avons été conviés, la direction a sorti l’annexe 6 avec des fixations d’objectifs telles que nous avons rapidement vu que ce n’était qu’une tentative masquée pour justifier des licenciements secs quand ils l’auront décidé. Je vous invite à lire la page 7 de l’accord et l’annexe 6 pour vous rendre compte par vous-même de la situation périlleuse à laquelle nous allons être confrontés si la situation économique ne s’améliore pas. Nous aimerions nous tromper mais malheureusement, le mois de septembre va nous fixer rapidement sur les actions entreprises par la Direction Générale pour tenter de juguler cette crise.

Néanmoins, dans un esprit constructif, il a été décidé en réunion du bureau de notre syndicat, le 21 juillet, d’écrire au Directeur Général pour avoir des engagements écrits qui garantissent malgré tout, une attitude volontariste de ses équipes à tout mettre en œuvre pour ne pas avoir recours à des solutions extrêmes. La réponse, le 28 juillet est sibylline et ne permet pas, à sa lecture, d’être plus serein. Il y est clairement écrit que « les indicateurs définis en annexe 6 représentent une clause de sauvegarde permettant de s’abstraire de la garantie d’emploi » Pourquoi ce virage si brusque dans la politique sociale de l’entreprise ? La Direction Générale en préparant le plan de riposte n°3 avec un Plan de Sauvegarde de l’Emploi volontaire s’est rendu compte que cela n’aurait qu’un succès limité pour plusieurs raisons. Faire partir des personnels avant 60 ans les expose  à ne pouvoir bénéficier à vie d’une retraite complémentaire Agirc et Arrco à taux plein. En effet, le Gouvernement et le MEDEF ne veulent plus reconduire cet accord qui se termine le 01 janvier 2010. Les primes proposées pour inciter au départ volontaire ne seront pas bonifiées plus que le niveau légal alors qu’Air France aurait du proposer mieux. Toutes ces incertitudes n’encourageront pas les personnels concernés à franchir le pas en ces temps troublés. Si le plan de riposte n°3 est un échec, il ne restera plus comme alternative, un plan de riposte n°4 (déjà en préparation) qui imposera les départs contraints de l’entreprise, autrement dit des licenciements. On veut nous mettre devant le fait accompli pour imposer des solutions dites de la dernière chance en dramatisant à outrance une situation certes difficile mais encore gérable au regard de ce que rencontrent nos concurrents de niveau comparable.

 

Septembre sera un mois de rentrée compliqué pour beaucoup d’acteurs du transport aérien mondial. British Airways qui a déjà tapé dans la caisse du système de retraite de ses employés après leur avoir demandé de travailler sans être payés, risque l’implosion. Lufthansa clamait en début d’année qu’elle aurait un exercice bénéficiaire pour 2009.      850 millions d’€ de déficit plus tard, on a vu qu’ils étaient aussi performants que tous les autres. USAirways et United vont se déclarer sous la protection du chapitre 11. Southwest, modèle de rentabilité jamais déficitaire depuis sa création, il y a 40 ans, va perdre de l’argent sur l’exercice 2009. Les compagnies de deuxième rang comme Iberia, Austrian, SAS ou Olympic sont au bord du gouffre et à moins d’une reprise par une major, ne s’en sortiront pas. Les compagnies régionales souffrent énormément sous les coups de boutoir des compagnies "low cost". Tout cela vous prouve que la situation est préoccupante pour chacun autant que pour Air France.    

Les réponses à cette crise ne peuvent pas être uniquement défensives en ne faisant payer la note qu’aux seuls salariés. Je l’avais déjà affirmé publiquement mais je me dois de le confirmer à nouveau : l’emploi des salariés d’Air France ne sera pas la seule variable d’ajustement pour maîtriser les pertes de l’entreprise.  La Direction Générale doit être agressive sur d’autres secteurs. Quelques pistes sont à explorer :

-          Quelles actions contre la SNCF et sa politique de développement entièrement prise en compte par l’Etat pour nous concurrencer sur le territoire national avec le TGV et en Europe avec le LGV ?

-          Quelles actions engagées contre les passe-droits des low costs, futurs fossoyeurs des Compagnies régionales filiales du Groupe (Britair, Régional) ? 

-          Quelle politique d’aménagement du territoire et notamment sur le Grand Paris ou la SNCF, la RATP et ADP sont présents à l’instar d’Air France, absente du débat et pourtant directement concernée avec les accès aux aéroports de Roissy et d’Orly ? 

-          Quelle politique d’aménagement du territoire à la hauteur de notre ambition sur le territoire national en travaillant de façon complémentaire et égalitaire avec le rail ? 

-          Quelles actions à entreprendre auprès de notre principal actionnaire (l’Etat) qui subventionne le secteur bancaire bénéficiaire qui, lui pratique pourtant des taux d’intérêts exorbitants bloquant ainsi les investissements des entreprises ?

 

Pour la CFE CGC, la seule garantie de l’emploi, c’est l’activité que nous saurons dégager au travers d’une Direction qui saura nous ramener sur le chemin de la croissance.

 

Aujourd’hui, nous sommes loin d’en être convaincus. C’est pourquoi nous n’avons pas signé l’ATGPE qui n’est qu’un accord défensif sans grande ambition autre que celle de valider la liberté de licencier si besoin.

 

La balle est maintenant dans le camp de la Direction Générale. A elle de démontrer sa volonté et sa détermination à maintenir Air France dans le peloton de tête des Majors du transport aérien.

C’est dans des périodes aussi troublées que l’on se doit d’être créatif, inventif, pour proposer un projet à la hauteur de notre entreprise. Un projet audacieux qui fédère tous les personnels autour d’une même mission : la défense de nos emplois par le développement de l’entreprise.

 

En espérant avoir été précis sans tomber dans le répétitif, mais la situation l’imposait, je vous prie de croire cher(e)s adhérent(e)s à ma volonté de continuer à travailler à votre service exclusif avec l’aide si précieuse de l’équipe CFE.CGC d’Air France à mes côtés.

Bien à vous et très cordialement,

 

 

                                                       

Ronald NOIROT,

Secrétaire  Général

           

 

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